Homélies du Pape

 

VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE 
EN IRLANDE À L'OCCASION DE LA IXe RENCONTRE MONDIALE DES FAMILLES
[25-26 AOÛT 2018]

 

Samedi 25 août 2018

Rencontre Avec Les Autorités, La Société Civile Et Le Corps Diplomatique, Dame St, Dublin 2, Ireland

Visite à la cathédrale, St Mary's Pro Cathedral, 83 Marlborough Street, North City, Dublin 1, Irlande

Visite au centre d'accueil pour les familles sans abris

Fête des Familles, Croke Park Stadium, Jones' Rd, Drumcondra, Dublin 3, Irlande

Dimanche 26 août 2018

Angélus au Sanctuaire de Knock, Knock, County Mayo, Irlande

WMOF2018 Messe de Clôture - Phoenix Park, Dublin 8, Irlande

Voyage Apostolique en Irlande: Rencontre avec les Évêques - Couvent des sœurs dominicaines, Ratoath Road, Ashtown, Dublin 7, Irlande

 

RENCONTRE AVEC LES AUTORITÉS, LA SOCIÉTÉ CIVILE ET LE CORPS DIPLOMATIQUE 

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Château de Dublin - Samedi 25 août 2018

Thaoiseach (Monsieur le Premier Ministre),
Membres du Gouvernement et du Corps diplomatique,
Mesdames et Messieurs,

Au début de ma visite en Irlande, je suis reconnaissant pour l’invitation à m’adresser à cette éminente Assemblée, qui représente la vie civile, culturelle et religieuse du Pays, avec le Corps diplomatique et les invités. Je remercie pour l’accueil amical que j’ai reçu de la part du Président de l’Irlande et qui reflète la tradition d’hospitalité cordiale pour laquelle les Irlandais sont connus dans le monde entier. Je me réjouis également de la présence d’une délégation d’Irlande du Nord. Je remercie Monsieur le Premier Ministre pour ses paroles.

Comme vous le savez, la raison de ma visite est ma participation à la Rencontre Mondiale des Familles, qui a lieu cette année à Dublin. L’Église est, en effet, une famille de familles, et elle ressent la nécessité de soutenir les familles dans leurs efforts pour répondre fidèlement et joyeusement à la vocation que Dieu leur a donnée dans la société. Pour les familles, cette rencontre est une opportunité, non seulement pour réaffirmer leur engagement à la fidélité affectueuse, à l’aide mutuelle et au respect sacré du don divin de la vie sous toutes ses formes, mais aussi pour témoigner du rôle unique exercé par la famille dans l’éducation de ses membres et dans le développement d’un tissu social sain et florissant.

Il me plaît de voir la Rencontre Mondiale des Familles comme un témoignage prophétique du riche patrimoine des valeurs éthiques et spirituelles, qu’il appartient à chaque génération de garder et de protéger. Il ne faut pas être prophètes pour s’apercevoir des difficultés que les familles affrontent dans la société actuelle en rapide évolution ou pour se préoccuper des effets que l’instabilité du mariage et de la vie famille entraîneront inévitablement, à tous les niveaux, pour l’avenir de nos communautés. La famille est le ciment de la société ; son bien ne peut pas être tenu pour acquis, mais doit être promu et protégé par tous les moyens appropriés.

C’est au sein de la famille que chacun de nous a fait les premiers pas dans la vie. Là nous avons appris à vivre ensemble de manière harmonieuse, à contrôler nos instincts égoïstes, à concilier les différences et surtout à discerner et à rechercher ces valeurs qui donnent un sens authentique et une plénitude à la vie. Si nous parlons du monde entier comme d’une famille unique, c’est parce que justement nous reconnaissons les liens de notre humanité commune et que nous percevons l’appel à l’unité et à la solidarité, spécialement à l’égard des frères et des sœurs les plus vulnérables. Trop souvent, cependant, nous nous sentons impuissants face aux maux persistants de la haine raciale et ethnique, aux conflits et aux violences inextricables, au mépris de la dignité humaine et des droits humains fondamentaux et au renforcement des disparités entre riches et pauvres. Comme nous avons besoin de retrouver, dans tous les milieux de la vie politique et sociale, le sens d’être une vraie famille de peuples ! Et de ne jamais perdre l’espérance et le courage de persévérer dans l’impératif moral d’être des acteurs de paix, des réconciliateurs et des gardiens les uns des autres.

Ici en Irlande, ce défi a une résonance particulière, considérant le long conflit qui a séparé des frères et des sœurs d’une unique famille. Il y a vingt ans, la Communauté internationale a suivi attentivement les évènements en Irlande du Nord, qui conduisirent à la signature de l’Accord du Vendredi Saint. Le Gouvernement irlandais, en union avec les Responsables politiques, religieux et civils d’Irlande du Nord et du Gouvernement britannique et avec le soutien d’autres leaders mondiaux, a donné vie à un contexte dynamique visant au règlement pacifique d’un conflit qui avait causé d’énormes souffrances des deux côtés. Nous pouvons rendre grâce pour les deux décennies de paix qui ont suivi cet Accord historique, alors que nous exprimons la ferme espérance que le processus de paix dépasse tous les obstacles restant et favorise la naissance d’un avenir de concorde, de réconciliation et de confiance mutuelle.

L’Évangile nous rappelle que la véritable paix est en définitive un don de Dieu ; elle jaillit de cœurs guéris et réconciliés et elle s’étend jusqu’à englober le monde entier. Mais elle demande aussi, de notre part, une constante conversion, origine de ces ressources spirituelles nécessaires pour construire une société vraiment solidaire, juste et au service du bien commun. Sans ce fondement spirituel, l’idéal d’une famille mondiale des nations risque de n’être rien d’autre qu’un lieu commun vide. Pouvons-nous dire que l’objectif de générer la prospérité économique ou financière conduit de soi à un ordre social plus juste et plus équitable ? Ne se pourrait-il pas au contraire que la croissance d’une "culture du déchet" matérialiste, nous ait rendu de fait plus indifférents aux pauvres et aux membres plus vulnérables de la famille humaine, y compris les enfants non nés, privés du droit même à la vie ? Peut-être que le défi qui provoque le plus nos consciences en ces temps est la crise migratoire massive, qui n’est pas destinée à disparaître et dont la solution exige sagesse, largeur d’esprit et une préoccupation humanitaire qui va bien au-delà de décisions politiques à court terme.

Je suis bien conscient de la condition de nos frères et sœurs plus vulnérables – je pense spécialement aux femmes et aux enfants qui dans le passé ont subi des situations particulièrement difficiles ; et aux orphelins d’alors. Considérant la réalité des plus vulnérables, je ne peux que reconnaître le grave scandale causé en Irlande par les abus sur les mineurs de la part des membres de l’Église chargés de les protéger et de les éduquer. Les paroles que m’ont été dites à l’aéroport par Madame le Ministre de l’Enfance résonnent encore dans mon cœur. Merci. Je la remercie pour ces paroles. L’échec des autorités ecclésiastiques – évêques, supérieurs religieux, prêtres et autres – pour affronter de manière adéquate ces crimes ignobles a justement suscité l’indignation et reste une cause de souffrance et de honte pour la communauté catholique. Moi-même je partage ces sentiments. Mon prédécesseur, le Pape Benoît, n’a pas épargné les mots pour reconnaître la gravité de la situation et demander que soient prises des mesures « vraiment évangéliques, justes et efficaces » en réponse à cette trahison de la confiance (Cf. Lettre pastorale aux Catholiques d’Irlande, n. 10). Son intervention franche et résolue continue à servir d’encouragement aux efforts des autorités ecclésiales pour remédier aux erreurs passées et adopter des règles rigoureuses visant à assurer que cela ne se reproduise pas de nouveau. Plus récemment, dans une Lettre au Peuple de Dieu, j’ai rappelé l’engagement, mieux, un plus grand engagement pour éliminer ce fléau dans l’Eglise, quel qu’en soit le prix, moral et de souffrances.

Chaque enfant est en effet un don précieux de Dieu à préserver, à encourager pour qu’il développe ses dons et à conduire à la maturité spirituelle et à la plénitude humaine. L’Église en Irlande a joué, dans le passé et le présent, un rôle de promotion du bien des enfants qui ne peut pas être occulté. Je souhaite que la gravité des scandales des abus, qui ont fait émerger les défaillances de beaucoup, serve à souligner l’importance de la protection des mineurs et des adultes vulnérables de la part de toute la société. En ce sens, nous sommes tous conscients de l’urgente nécessité d’offrir aux jeunes un sage accompagnement et des valeurs saines pour leur parcours de croissance.

Chers amis,

Il y a presque quatre-vingt-dix ans, le Saint-Siège fut parmi les premières institutions internationales à reconnaître l’État libre d’Irlande. Cette initiative a marqué le début de plusieurs années de concorde et de collaboration dynamique, avec un seul nuage passager à l’horizon. Récemment, des efforts intenses et une bonne volonté des deux côtés ont contribué de manière significative à un rétablissement prometteur de ces relations amicales à l’avantage réciproque de tous. 

Les fils de cette histoire remontent à plus de mille cinq cents, quand le message chrétien, prêché par Palladius et Patrick, a trouvé place en Irlande et est devenu partie intégrante de la vie et de la culture irlandaise. De nombreux "saints et érudits" se sont senti inspirés à quitter ces rivages et à porter la foi nouvelle sur d’autres terres. Encore aujourd’hui, les noms de Colomba, Colomban, Brigitte, Gaël, Killian, Brendan et beaucoup d’autres sont honorés en Europe et pas seulement en Europe. Sur cette île, le monachisme, source de civilisation et de création artistique, a écrit une belle page de l’histoire de l’Irlande et du monde. 

Aujourd’hui comme par le passé, des hommes et des femmes qui habitent ce Pays s’efforcent d’enrichir la vie de la nation avec la sagesse née de la foi. Aussi dans les heures les plus sombres de l’Irlande, ils ont trouvé dans la foi la source de ce courage et de cet engagement qui sont indispensables pour forger un avenir de liberté et de dignité, de justice et de solidarité. Le message chrétien a fait partie intégrante de cette expérience et il a donné forme au langage, à la pensée et à la culture du peuple de cette île. 

Je prie afin que l’Irlande, tandis qu’elle écoute la polyphonie du débat politico-social contemporain, n’oublie pas les vibrantes mélodies du message chrétien, qui l’ont soutenue dans le passé et peuvent continuer à le faire dans l’avenir.

Avec ces pensées, j’invoque cordialement sur vous et sur tout le cher peuple irlandais les bénédictions divines de sagesse, de joie et de paix. Merci.

VISITE À LA CATHÉDRALE

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

St Mary’s Pro-Cathedral (Dublin) - Samedi 25 août 2018

Good afternoon !

Chers amis,

Je suis heureux de pouvoir vous rencontrer dans cette Pro cathédrale historique Sainte Marie, qui, au fil des ans, a vu d’innombrables célébrations du sacrement de mariage. En vous voyant, si jeunes, je me demande : mais alors, ce n’est pas vrai ce que l’on dit, que les jeunes ne veulent pas se marier ? Merci ! Se marier et partager la vie est une belle chose. Il y a un dicton espagnol qui dit : « souffrance à deux, souffrance à moitié ; joie à deux, une joie et demi ». C’est cela la route du mariage.

Tant d’amour a été manifesté, tant de grâces ont été reçues dans ce lieu sacré ! Je remercie l’Archevêque Martin pour son accueil cordial. Je suis particulièrement heureux d’être avec vous, couples de fiancés et d’époux qui vous trouvez à différentes étapes du parcours de l’amour sacramentel. C’est beau aussi d’entendre cette musique qui vient de là-bas : les enfants qui pleurent… Elle est une espérance, elle est la plus belle des musiques ; mais aussi la plus belle prédication, entendre un enfant qui pleure, car c’est le cri de l’espérance, que la vie continue, que la vie va de l’avant, que l’amour est fécond. Regarder les enfants… Mais j’ai salué aussi une personne âgée : il faut aussi regarder les personnes âgées, car les personnes âgées sont pleines de sagesse. Ecouter les personnes âgées : « Comment s’est passée ta vie ?... »

Cela m’a plu que ce soit vous [il s’adresse au couple âgé qui a parlé en premier] qui ayez commencé, après 50 ans de mariage, car vous avez beaucoup d’expérience à partager. L’avenir et le passé se rencontrent dans le présent. Les vieux – permettez-moi cette expression : les vieux, the old – ont la sagesse. Les belles-mères aussi ont la sagesse… [rires]. Et les enfants doivent écouter la sagesse ; vous les jeunes vous devez écouter la sagesse, et parler avec eux pour aller de l’avant, parce qu’ils sont les racines. Ils sont les racines, et vous prenez aux racines pour aller de l’avant. Je dirai cela plus loin, mais je voulais le dire avec le cœur.

De manière spéciale, comme je l’ai dit, je remercie pour leur témoignage Vincent et Teresa, qui nous ont parlé de leur expérience de cinquante ans de mariage et de vie familiale. Merci et pour les paroles d’encouragement et pour les défis que vous avez présentés aux nouvelles générations de nouveaux mariés et de fiancés, non seulement ici en Irlande mais dans le monde entier. Ils ne seront pas comme vous, ils seront différents. Mais ils ont besoin de votre expérience pour être différents, pour progresser. C’est si important d’écouter les anciens, d’écouter les grands-parents ! Nous avons beaucoup à apprendre de votre expérience de vie matrimoniale soutenue chaque jour par la grâce du sacrement.

J’ai envie de vous demander : vous-êtes-vous beaucoup disputés ? Mais ça fait partie du mariage ! Un mariage où on ne se dispute pas est un peu ennuyeux… [rires] Mais il y a un secret : les assiettes peuvent même voler, mais le secret et de faire la paix avant la fin de la journée. Et pour faire la paix, pas besoin d’un discours, une caresse suffit, comme ça, et la paix est faite. Et savez-vous pourquoi c’est important ? Parce que si on ne fait pas la paix avant d’aller se coucher, la « guerre froide » du lendemain est trop dangereuse, la rancune commence… Oui, disputez-vous tant que vous voulez, mais le soir, faites la paix. D’accord ? Ne l’oubliez pas, vous les jeunes.

Grandissant ensemble dans cette communauté de vie et d’amour, vous avez éprouvé beaucoup de joies et, certainement, aussi bien des souffrances. Avec tous les époux qui ont parcouru tant de chemin sur la route, vous êtes les gardiens de notre mémoire collective. Nous aurons toujours besoin de votre témoignage plein de foi. C’est un atout précieux pour les jeunes couples, qui regardent vers l’avenir avec émotion et espérance… et peut-être aussi avec une pincée d’anxiété : comment sera l’avenir ?

Je remercie aussi les jeunes couples qui m’ont adressé quelques questions franches. Il n’est pas facile de répondre à ces questions. Denis et Sinead vont s’embarquer pour un voyage d’amour qui, selon le projet de Dieu, comporte un engagement pour toute la vie. Ils ont demandé comment ils peuvent aider les autres à comprendre que le mariage n’est pas simplement une institution mais une vocation, une vie qui va de l’avant, une décision consciente et pour toute la vie de prendre soin l’un de l’autre, de s’aider et de se protéger mutuellement.

Assurément nous devons reconnaître que nous ne sommes pas habitués aujourd’hui à quelque chose qui dure réellement pour toute la vie. Nous vivons dans une culture du provisoire, nous sommes habitués. Si je sens que j’ai faim ou soif, je peux me nourrir, mais ma sensation d’être rassasié ne dure même pas un jour. Si j’ai un travail, je sais que je pourrais le perdre contre ma volonté ou que je pourrais devoir choisir une carrière différente. Il est même difficile de suivre ce monde, dans la mesure où tout autour de nous change, les personnes vont et viennent dans nos vies, les promesses sont faites mais elles sont souvent rompues ou laissées inachevées. Peut-être que ce que vous venez de me demander est en réalité quelque chose de plus fondamental : "N’y-a-t-il vraiment rien de précieux qui puisse durer ?". C’est cela la question. Il semble que rien de beau, rien de précieux ne dure. "Mais il n’y a vraiment rien de précieux qui puisse durer ? Pas même l’amour ? "

Et il y a la tentation que ce "pour toute la vie" que vous direz l’un à l’autre se transforme et, avec le temps, meure. Si l’amour ne grandit pas par l’amour, il dure peu. Ce "pour toute la vie" est un engagement à faire grandir l’amour, car dans l’amour il n’y a pas de provisoire. S’il ne s’appelle pas enthousiasme, il s’appelle, je ne sais pas, fascination, mais l’amour est définitif, il est un « moi et toi ». Comme on dit chez nous, il est « la moitié de l’orange » : tu es ma moitié d’orange. L’amour est ainsi : tout et pour toute la vie. Il est facile de rester prisonniers de la culture de l’éphémère, et cette culture attaque les racines mêmes de notre processus de maturation, de notre croissance dans l’espérance et dans l’amour. Comment pouvons-nous faire l’expérience, dans cette culture de l’éphémère, de ce qui dure vraiment ? C’est une question forte : comment pouvons-nous faire l’expérience, dans cette culture de l’éphémère, de ce qui dure vraiment ?

Voilà ce que je voudrais vous dire. Parmi toutes les formes de la fécondité humaine, le mariage est unique. C’est un amour qui donne origine à une nouvelle vie. Il implique la responsabilité mutuelle dans la transmission du don divin de la vie et offre un milieu stable dans lequel la vie nouvelle peut grandir et s’épanouir. Le mariage dans l’Église, autrement dit le sacrement du mariage, participe d’une manière particulière au mystère de l’amour éternel de Dieu. Quand un homme et une femme chrétiens s’unissent par le lien du mariage, la grâce de Dieu les habilite à se promettre librement l’un à l’autre un amour exclusif et durable. Ainsi leur union devient signe sacramentel - cela est important : le sacrement du mariage - devient signe sacramentel de l’alliance nouvelle et éternelle entre le Seigneur et son épouse, l’Église. Jésus est toujours présent au milieu d’eux. Il les soutient au cours de leur vie dans le don mutuel de soi, dans la fidélité et dans l’unité indissoluble (Cf. Gaudium et spes, n. 48). L’amour de Jésus pour les couples est un rocher, il est un refuge dans les temps d’épreuve, mais par-dessus tout, il est source de croissance constante dans un amour pur et pour toujours. Faites un gros pari, pour toute la vie. Prenez des risques. Parce que le mariage est aussi un risque, mais un risque qui vaut la peine. Pour toute la vie, parce que l’amour est ainsi.

Nous savons que l’amour est le rêve de Dieu pour nous et pour toute la famille humaine. S’il vous plaît, ne l’oubliez jamais ! Dieu a un rêve pour nous et il nous demande de le faire notre. N’ayez pas peur de ce rêve ! Faites de grands rêves ! Faites-en un trésor et rêvez-le de nouveau chaque jour ensemble. De cette manière, vous serez en mesure de vous soutenir mutuellement avec espérance, avec force et avec le pardon, dans les moments où le parcours se fait ardu et où il devient difficile d’apercevoir le chemin. Dans la Bible, Dieu s’engage à rester fidèle à son alliance, même quand nous, nous l’attristons et que notre amour s’affaiblit. Que dit Dieu, dans la Bible, à son peuple ? Ecoutez bien : « Jamais je ne te lâcherai, jamais je ne t’abandonnerai » (He 13,5). Et vous, comme mari et femme, imprégnez-vous mutuellement de ces paroles de promesse, chaque jour pour le reste de la vie. Et n’arrêtez jamais de rêver !  Répétez toujours dans votre cœur : « Je ne te laisserai pas, je ne t’abandonnerai pas ». 

Stephen et Jordan sont de nouveaux époux et ils ont posé la question très importante sur la manière dont les parents peuvent transmettre la foi à leurs enfants. Je sais que l’Eglise ici en Irlande a soigneusement préparé des programmes de catéchèse pour éduquer à la foi dans les écoles et dans les paroisses. Cela est certainement essentiel. Mais le premier et le plus important lieu pour transmettre la foi est la maison : on apprend à croire à la maison, à travers l’exemple paisible et quotidien des parents qui aiment le Seigneur et font confiance à sa parole. Là, à la maison, qu’on peut appeler "l’Église domestique", les enfants apprennent le sens de la fidélité, de l’honnêteté et du sacrifice. Ils voient comment maman et papa se comportent entre eux, comment ils prennent soin l’un de l’autre et des autres, comment ils aiment Dieu et l’Eglise. Ainsi les enfants peuvent respirer l’air frais de l’Evangile et apprendre à comprendre, à juger et à agir d’une manière digne de la foi dont ils ont hérité. La foi, frères et sœurs, est transmise autour de la table domestique, à la maison, dans la conversation ordinaire, à travers le langage que seul l’amour persévérant sait parler.

N’oubliez jamais, frères et sœurs : la foi se transmet dans le dialecte ! Le dialecte de la maison, le dialecte de la vie domestique, là, de la vie de famille. Pensez aux sept frères Maccabées, comment la mère leur parlait « dans le dialecte », c’est-à-dire de ce qu’ils avaient, petits, appris sur Dieu. Il est plus difficile de recevoir la foi – c’est possible, mais c’est plus difficile – si elle n’a pas été reçue dans cette langue maternelle, à la maison, dans le dialecte. J’ai envie de parler d’une expérience que j’ai faite, enfant… Si c’est utile, je la dis. Je me rappelle une fois – je devais avoir cinq ans -, je suis entré dans la maison et là, dans la salle à manger, papa revenait à ce moment du travail, avant moi, et j’ai vu papa et maman qui s’embrassaient. Je ne l’oublierai jamais ! Quelle belle chose ! Fatigué du travail, mais il a eu la force d’exprimer son amour pour sa femme ! Que vos enfants vous voient comme ça, vous caresser, vous embrasser ; c’est très beau, car ils apprennent ainsi ce dialecte de l’amour, et de la foi dans ce dialecte de l’amour.

Donc, c’est important de prier ensemble en famille ; parlez de choses bonnes et saintes ; et laissez Marie notre Mère entrer dans votre vie, la vie de famille. Célébrez les fêtes chrétiennes : que vos enfants sachent ce qu’est une fête de famille. Vivez en profonde solidarité avec ceux qui souffrent et qui sont aux marges de la société, et que les enfants apprennent. Une autre anecdote. J’ai connu une dame qui avait trois enfants, de sept, cinq et trois ans, plus ou moins. Ils étaient de bons époux, avaient une grande foi et enseignaient aux enfants à aider les pauvres, car eux les aidaient beaucoup. Et une fois, ils déjeunaient, la maman et les trois enfants – le papa était au travail. On frappe à la porte, et le plus grand va ouvrir, puis revient et dit : « Maman, il y a un pauvre qui demande à manger ». Ils étaient en train de manger des steaks à la milanaise, avec de la crème, - ils sont très bons ! – [rires] et la maman demande aux enfants : « qu’est-ce que l’on fait ? ». Tous les trois : « Oui, maman, donne-lui quelque chose ». Il y avait aussi quelques steaks préparés, mais la maman prend un couteau et commence à couper la moitié de ceux des enfants. Et les enfants : « Non maman, donne lui ceux-là, pas les nôtres ! » « Non : aux pauvres, tu donnes du tien, pas de celui qui est préparé ! » Comme ça, cette femme de foi a enseigné à ses enfants à donner du sien aux pauvres. Mais tout cela peut se faire à la maison, quand il y a l’amour, quand il y a la foi, quand on parle ce dialecte de la foi. En bref, vos enfants apprendront de vous comment vivre en chrétiens ; vous, vous serez leurs premiers maîtres dans la foi, les transmetteurs de la foi.

Les vertus et les vérités que le Seigneur nous enseigne ne sont pas toujours populaires dans le monde d’aujourd’hui – parfois, le Seigneur demande des choses qui ne sont pas populaires – le monde d’aujourd’hui a peu de considération pour les faibles, les personnes vulnérables et pour tous ceux qui sont jugés ”improductifs”. Le monde nous dit d’être forts et indépendants, peu soucieux de ceux qui sont seuls ou tristes, rejetés ou malades, pas encore nés ou mourants. Tout à l’heure j’irai rencontrer en privé quelques familles qui font face à de sérieux défis et à de réelles difficultés, mais auxquelles les Pères Capucins manifestent amour et soutien. Notre monde a besoin d’une révolution de l’amour ! La « tempête » que nous vivons est plutôt d’égoïsme, d’intérêts personnels… Le monde a besoin d’une révolution de l’amour. Que cette révolution commence chez vous et dans vos familles ! 

Il y a quelques mois, quelqu’un m’a dit que nous sommes en train de perdre notre capacité d’aimer. Lentement mais résolument nous oublions le langage direct d’une caresse, la force de la tendresse. On a l’impression que le mot tendresse a été retiré du dictionnaire. Il ne peut y avoir une révolution de l’amour sans la révolution de la tendresse ! Avec votre exemple, puissent vos enfants être guidés pour devenir une génération plus prévenante, affectueuse, riche de foi, pour le renouvellement de l’Église et de toute la société irlandaise. 

Ainsi, votre amour, qui est un don de Dieu, prendra racines encore plus profondément. Aucune famille ne peut grandir si elle oublie ses propres racines. Les enfants ne peuvent pas grandir dans l’amour s’ils n’apprennent pas à communiquer avec leurs grands-parents. Par conséquent laissez votre amour plonger des racines profondes ! N’oublions pas que « tout ce qui sur l’arbre est fleuri / vit de ce qui se trouve enfoui » (F.L. Bernárdez, sonnet Si para recobrar lo recobrado). Une poésie argentine le dit comme ça, permettez-moi la publicité.

Avec le Pape, puissent les familles de toute l’Église, représentées cet après-midi par des couples anciens et jeunes, rendre grâce à Dieu pour le don de la foi et la grâce du mariage chrétien. Pour notre part, nous nous engageons avec le Seigneur à servir la venue de son règne de sainteté, de justice et de paix avec la fidélité aux promesses que nous avons faites et avec la persévérance dans l’amour ! 

Merci pour cette rencontre !

Et maintenant, je vous invite à prier ensemble la prière pour le meeting des familles. Ensuite je vous donnerai la Bénédiction. Et je vous demande de prier pour moi, ne l’oubliez pas !

VISITE AU CENTRE D'ACCUEIL POUR LES FAMILLES SANS ABRIS

SALUT DU PAPE FRANÇOIS

Centre d'accueil des pères capucins (Dublin) - Samedi 25 août 2018

Cher frère, cher évêque, chers frères Capucins, et vous tous frères et sœurs,

Vous [le Père Capucin qui a fait la présentation] avez dit que les Capucins sont connus comme étant les frères du peuple, proches du peuple, et c’est vrai. Et si jamais une communauté de Capucins s’éloigne du peuple de Dieu, elle tombe. Vous êtes en harmonie particulière avec le peuple de Dieu, mieux, avec les pauvres. Vous avez la grâce de contempler les plaies de Jésus dans les personnes qui sont dans le besoin, qui souffrent, qui ne sont pas heureuses ou qui n’ont rien, ou qui sont pleines de vices et de défauts. C’est pour vous la chair du Christ. C’est cela votre témoignage, et l’Eglise a besoin de ce témoignage. Merci !

Une autre chose, et ensuite je vous parlerai [en s’adressant aux pauvres]. Une autre chose que vous avez dite et qui m’a touché le cœur : ici vous ne demandez rien. C’est Jésus qui vient [dans les pauvres]. Vous ne demandez rien. Vous acceptez la vie comme elle vient, vous consolez et, s’il y en a besoin, vous pardonnez. Cela me fait penser – comme un reproche – aux prêtres qui, au contraire, vivent en demandant sur la vie des autres et qui, dans la Confession, creusent, creusent, creusent dans les consciences… Votre témoignage apprend aux prêtres à écouter, à être proches, à pardonner et à ne pas trop demander. Etre simples, comme Jésus a dit que ce père avait fait, qui, voyant son fils revenant pleins de péchés et de vices, ne s’est pas assis au confessionnal en commençant à questionner, questionner, questionner ; il a accepté le repentir de son fils et l’a embrassé. Que votre témoignage au peuple de Dieu, ainsi que ce cœur capable de pardonner sans faire souffrir, parviennent à tous les prêtres. Merci !

Et vous, chers frères et sœurs, je vous remercie pour l’amour et la confiance que vous avez envers les pères Capucins. Merci de venir avec confiance ! Je vous dirai une chose : savez-vous pourquoi vous venez avec confiance ? Parce qu’ils vous aident sans vous ôter la dignité. Pour eux, chacun de vous est Jésus-Christ. Merci pour la confiance que vous nous donnez. Vous êtes l’Eglise, vous êtes le peuple de Dieu. Jésus est avec vous. Ils vous donneront les choses dont vous avez besoin, mais écoutez les conseils qu’ils vous donnent : ils vous conseillent toujours bien. Et si vous avez quelque chose, un doute, une souffrance, parlez avec eux, et ils vous conseilleront bien. Vous savez qu’ils vous aiment bien : autrement, cette œuvre, ici, n’existerait pas. Merci pour la confiance. Et une dernière chose : priez. Priez pour l’Eglise. Priez pour les prêtres. Priez pour les Capucins. Priez pour les évêques, pour votre évêque. Et priez aussi pour moi… je me permets de vous demander un peu. Priez pour les prêtres, n’oubliez pas.

Merci beaucoup ! Maintenant que chacun de vous entre dans son cœur et pense aux personnes chères, car je leur donnerai aussi la Bénédiction, à vous et à elles. Et faisons un pas de plus : si quelqu’un à un ennemi ou quelqu’un qu’il n’aime pas, mettez-le aussi dans le cœur, comme ça il recevra la Bénédiction. 

God bless you all, the Father, the Son and the Holy Spirit. Thank you very much.

FÊTE DES FAMILLES

Samedi 25 août 2018 - Croke Park Stadium (Dublin)

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Dia dhaoibh ! [Bonsoir en gaélique]

Cher frères et sœurs, bonsoir !

Je vous remercie de votre accueil chaleureux. C’est bon d’être ici ! C’est bon de célébrer, parce que cela nous rend plus humains et plus chrétiens. Cela nous aide aussi à partager la joie de savoir que Jésus nous aime, nous accompagne dans le voyage de la vie et nous attire chaque jour plus près de lui.

Dans chaque célébration familiale, nous sentons la présence de tous : pères, mères, grands-parents, neveux, oncles et tantes, cousins, de ceux qui n’ont pas pu venir et qui vivent trop loin ; tous. Aujourd’hui, à Dublin nous sommes rassemblés pour une célébration familiale d’action de grâce à Dieu pour ce que nous sommes : une seule famille en Christ, répandue sur toute la terre. L’Église est la famille des enfants de Dieu. Une famille dans laquelle on se réjouit avec ceux qui sont dans la joie et dans laquelle on pleure avec ceux qui sont dans la souffrance ou qui se sentent jetés à terre par la vie. Une famille dans laquelle on prend soin de chacun, parce que Dieu notre Père a fait de nous tous ses enfants dans le Baptême. C’est pourquoi je continue à encourager les parents à faire baptiser les enfants dès que possible, pour qu’ils fassent partie de la grande famille de Dieu. Il est nécessaire d’inviter chacun à la fête, même le petit enfant ! Et c’est pourquoi il doit être baptisé rapidement. Et il y a autre chose : si l’enfant est baptisé petit, l’Esprit Saint entre dans son cœur. Faisons une comparaison : un enfant sans le Baptême, parce que les parents disent : « Non, quand il sera grand » ; et un enfant avec le Baptême, avec l’Esprit Saint en lui : celui-là est plus fort parce qu’il a en lui la force de Dieu !

Vous, chères familles, vous êtes la grande majorité du Peuple de Dieu. A quoi ressemblerait l’Église sans vous ? Une Eglise de statues, une Eglise de personnes seules… C’est pour nous aider à reconnaître la beauté et l’importance de la famille, avec ses lumières et ses ombres, que l’Exhortation Amoris laetitia sur la joie de l’amour a été écrite, et que j’ai voulu que le thème de cette Rencontre Mondiale des Familles soit "l’Évangile de la famille, joie pour le monde". Dieu désire que chaque famille soit un phare qui rayonne la joie de son amour dans le monde. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu’après avoir rencontré l’amour de Dieu qui sauve, nous essayons, avec ou sans parole, de le manifester à travers des petits gestes de bonté dans la routine du quotidien et dans les moments plus simples de la journée.

Et comment cela s’appelle-t-il ? Cela s’appelle sainteté. J’aime parler des saints "de la porte d’à côté", de toutes ces personnes ordinaires qui reflètent la présence de Dieu dans la vie et dans le monde (Cf. Ex. Ap. Gaudete et exsultate, nn.6-7). La vocation à l’amour et à la sainteté n’est pas quelque chose de réservé à quelques privilégiés, non. Même maintenant, si nous avons des yeux pour voir, nous pouvons l’apercevoir autour de nous. Elle est silencieusement présente dans les cœurs de toutes ces familles qui offrent l’amour, le pardon et la miséricorde quand elles voient qu’il y en a besoin, et qui le font tranquillement, sans sonneries de trompettes. L’Évangile de la famille est vraiment joie pour le monde, du moment que là, dans nos familles, Jésus peut toujours être trouvé ; là il demeure dans la simplicité et la pauvreté, comme il l’a fait dans la maison de la Sainte Famille de Nazareth.

Le mariage chrétien et la vie familiale sont compris dans toute leur beauté et leur attrait, s’ils sont ancrés à l’amour de Dieu qui nous a créés à son image, pour que nous puissions lui rendre gloire comme icônes de son amour et de sa sainteté dans le monde. Papas et mamans, grands-pères et grands-mères, enfants et petits-enfants : tous, tous appelés à trouver, dans la famille, l’accomplissement de l’amour. La grâce de Dieu aide chaque jour à vivre avec un seul cœur et une seule âme. Même les belles-mères et les belles-filles ! Personne ne dit que c’est facile, vous le savez mieux que moi. C’est comme pour préparer un thé : c’est facile de faire bouillir l’eau, mais une bonne tasse de thé demande du temps et de la patience ; il faut laisser infuser ! Ainsi jour après jour, Jésus nous réchauffe avec son amour en faisant en sorte qu’il pénètre tout notre être. Du trésor de son Sacré Cœur, il répand sur nous la grâce dont nous avons besoin pour guérir nos infirmités et ouvrir notre esprit et notre cœur pour nous écouter, nous comprendre et nous pardonner les uns aux autres.

Nous avons écouté à l’instant les témoignages de Félicité, d’Isaac et de Ghislain qui viennent du Burkina Faso. Ils nous ont raconté une histoire émouvante de pardon en famille. Le poète disait que "se tromper est humain, pardonner est divin". Et c’est vrai : le pardon est un don spécial de Dieu qui guérit nos blessures et nous rapproche des autres et de lui. Des petits et simples gestes de pardon, renouvelés chaque jour, sont le fondement sur lequel se construit une solide vie familiale chrétienne. Ils nous obligent à dépasser l’orgueil, la distance et la gêne et à faire la paix. Nous sommes souvent fâchés entre nous, et nous voulons faire la paix, mais nous ne savons pas comment. C’est gênant de faire la paix, mais nous voulons la faire. Ce n’est pas difficile, C’est facile. Fais une caresse, et comme ça, la paix est faite ! C’est vrai, j’aime dire que dans les familles nous avons besoin d’apprendre trois mots – toi [Ghislain] tu les as dits – trois mots : "pardon", "s’il te plaît" et "merci". Trois mots. Quelles sont les trois mots ? Tous : [sorry, please, thank you]. Encore : [sorry, please, thank you]. Je n’entends pas… [sorry, please, thank you]. Thank you very much ! Quand tu te disputes à la maison, assure-toi, avant d’aller au lit, d’avoir demandé pardon et d’avoir dit que tu es désolé. Faire la paix avant la fin de la journée. Et vous savez pourquoi il est nécessaire de faire la paix avant la fin de la journée ? Parce que si tu ne fais pas la paix, le lendemain, la “guerre froide” est très dangereuse ! Faites attention à la guerre froide en famille ! Mais, peut-être, tu es parfois fâché, et tu es tenté d’aller dormir dans une autre chambre, seul et à l’écart. Si tu te sens comme ça, frappe simplement à la porte et dis :"s’il te plaît, puis-je entrer ?". Ce qu’il faut, c’est un regard, un baiser, une parole douce… Et tout revient comme avant ! Je dis cela parce que, quand les familles le font, elles résistent. Il n’existe pas une famille parfaite ; sans l’habitude du pardon, la famille grandit malade et s’écroule graduellement.

Pardonner signifie donner quelque chose de soi. Jésus nous pardonne toujours. Avec la force de son pardon, nous aussi nous pouvons pardonner aux autres, si nous le voulons vraiment. N’est-ce pas ce pour quoi nous prions, quand nous disons le Notre Père ? Les enfants apprennent à pardonner quand ils voient que les parents se pardonnent entre eux. Si nous comprenons cela, nous pouvons apprécier la grandeur de l’enseignement de Jésus à propos de la fidélité dans le mariage. Loin d’être une obligation juridique froide, il s’agit surtout d’une promesse puissante de la fidélité de Dieu lui-même à sa parole et à sa grâce sans limites. Le Christ est mort pour nous, pour que nous puissions, à notre tour, nous pardonner et nous réconcilier les uns les autres. De cette façon, comme personnes et comme familles, nous apprenons à comprendre la vérité de ces paroles de Saint Paul : alors que tout passe, « l’amour ne passera jamais » (1 Co 13,8).

Merci Nisha et Ted pour votre témoignage venu de l’Inde, où vous enseignez à vos enfants à être une vraie famille. Vous nous avez aidés aussi à comprendre que les médias sociaux ne sont pas nécessairement un problème pour les familles, mais qu’ils peuvent contribuer à construire un "réseau" d’amitié, de solidarité et de soutien mutuel. Les familles peuvent se connecter par internet et en tirer avantage. Les médias sociaux peuvent être bénéfiques s’ils sont utilisés avec modération et prudence. Par exemple, vous qui participez à cette Rencontre Mondiale des Familles, vous formez un "réseau" spirituel et d’amitié, et les médias sociaux peuvent vous aider à maintenir ce lien et à l’élargir à d’autres familles dans de nombreuses parties du monde. Il est important, toutefois, que ces moyens ne deviennent jamais une menace pour les vrais réseaux de relations de chair et de sang, en nous emprisonnant dans une réalité virtuelle et en nous isolant des relations concrètes qui nous stimulent à donner le meilleur de nous-mêmes en communion avec les autres. 

Peut-être que l’histoire de Ted et Nisha peut aider toutes les familles à s’interroger sur la nécessité de réduire le temps qu’elles dépensent pour ces moyens technologiques, et de dépenser plus de temps de qualité entre elles et avec Dieu. Mais quand tu utilises trop les social media, tu “entres en orbite”. Quand, à table, au lieu de parler en famille, chacun a le téléphone portable et se connecte avec l’extérieur, il est “en orbite”. Mais ça c’est dangereux. Pourquoi ? Parce que cela te coupe du concret de la famille, et te porte à une vie “vaporeuse”, sans consistance. Faites attention à ça. Rappelez-vous l’histoire de Ted et Nisha qui nous apprennent à bien utiliser les social media.

Nous avons entendu de la part d’Enass et de Sarmaad comment l’amour et la foi dans la famille peuvent être sources de force et de paix, même au milieu de la violence et de la destruction, causées par la guerre et la persécution. Leur histoire nous ramène aux situations tragiques que subissent quotidiennement tant de familles obligées d’abandonner leurs maisons, à la recherche de sécurité et de paix. Mais Enass et Sarmaad nous ont montré comment, à partir de la famille et grâce à la solidarité manifestée par beaucoup d’autres familles, la vie peut être reconstruite et l’espérance renaître. Nous avons vu ce soutien dans la vidéo de Rammy et de son frère Meelad, dans laquelle Rammy a exprimé sa profonde reconnaissance pour l’encouragement et pour l’aide que leur famille a reçue de la part de tant d’autres familles chrétiennes du monde entier, qui leur ont rendu possible de retourner dans leurs villages. Dans chaque société, les familles engendrent la paix, parce qu’elles enseignent l’amour, l’accueil, le pardon, les meilleurs antidotes contre la haine, le préjugé et la vengeance qui empoisonnent la vie des personnes et des communautés.

Comme un bon prêtre irlandais l’a enseigné, "la famille qui prie ensemble reste ensemble", et irradie la paix. Une telle famille peut être un soutien particulier pour d’autres familles qui ne vivent pas en paix. Après la mort du Père Ganni, Enass, Sarmaad et leur famille ont choisi le pardon et la réconciliation plutôt que la haine et la rancune. Ils ont vu, à la lumière de la Croix, que l’on peut combattre le mal seulement par le bien et surmonter la haine seulement par le pardon. De manière presqu’incroyable, ils ont été capables de trouver la paix dans l’amour du Christ, un amour qui fait toutes choses nouvelles. Et ce soir, ils ont partagé cette paix avec nous. Ils ont prié. La prière, prier ensemble. Pendant que j’écoutais le chœur, j’ai vu, là-bas, une maman qui apprenait à son enfant à faire le signe de la croix. Je vous pose la question : est-ce que vous apprenez à vos enfants à faire le signe de la croix ? Oui ou non ? [yes] Ou bien est-ce que vous leur apprenez à faire une chose comme ça [il fait un geste rapide], dont on ne comprend pas ce que c’est ? Il est très important que les petits enfants, apprennent, très petits, à bien faire le signe de la croix : c’est le premier Credo qu’ils apprennent, le Credo dans le Père, dans le Fils et dans le Saint Esprit. Ce soir, avant de vous coucher, vous les parents, demandez-vous : est-ce que j’apprends à mes enfants à bien faire le signe de la croix ? Pensez-y, c’est à vous !

L’amour du Christ qui renouvelle toute chose est ce qui rend possible le mariage et un amour conjugal caractérisé par la fidélité, l’indissolubilité, l’unité et l’ouverture à la vie. C’est ce qu’on voit dans le quatrième chapitre d’Amoris laetitia. Nous avons vu cet amour chez Mary et Damian et dans leur famille avec dix enfants. Je vous pose la question [s’adressant à Mary et à Damian] : les enfants vous mettent-ils en colère ? La vie est ainsi faite ! Mais c’est beau d’avoir dix enfants. Thank you. Merci pour vos paroles et pour votre témoignage d’amour et de foi ! Vous avez fait l’expérience de la capacité de l’amour de Dieu à transformer complètement votre vie et à vous bénir avec la joie d’une belle famille. Vous nous avez dit que la clef de votre vie familiale est la sincérité. Nous comprenons de votre récit combien il est important de continuer à aller à cette source de la vérité et de l’amour qui peut transformer notre vie. Qui est-elle ? : Jésus, qui a inauguré son ministère public justement dans une fête de noces. Là, à Cana, il a changé l’eau en un nouveau et bon vin qui a permis de poursuivre merveilleusement la joyeuse célébration. 

Mais avez-vous pensez à ce qui serait arrivé si Jésus n’avait pas fait cela ? Avez-vous pensé comme c’est dur de finir une fête avec seulement de l’eau ? C’est dur ! La Vierge a compris et elle a dit à son Fils : « Ils n’ont pas de vin ». Et Jésus a compris que la fête aurait mal fini avec seulement de l’eau.  Il en est ainsi avec l’amour conjugal. Le vin nouveau commence à fermenter durant le temps des fiançailles, nécessaire mais passager, et il mûrit tout au long de la vie matrimoniale dans un mutuel don de soi, qui rend les époux capables de devenir, de deux, "une seule chair". Et aussi d’ouvrir à leur tour leurs cœurs à celui qui a besoin d’amour, en particulier à celui qui est seul, abandonné, faible et, en tant que vulnérable, souvent mis de côté par la culture du déchet. Cette culture que nous vivons aujourd’hui, qui jette tout : qui jette tout ce qui ne sert pas, qui jette les enfants parce qu’ils dérangent, qui jette les personnes âgées parce qu’elles ne servent pas… Seul l’amour nous sauve de cette culture du déchet.

Les familles sont partout appelées à continuer à grandir et à aller de l’avant, même au milieu des difficultés et des limites, tout comme l’ont fait les générations passées. Nous faisons tous partie d’une grande chaîne de familles, qui remonte au commencement des temps. Nos familles sont des trésors vivants de mémoire, avec les enfants qui, à leur tour, deviennent parents, puis grands-parents. D’eux nous recevons l’identité, les valeurs et la foi. Nous l’avons vu chez Aldo et Marissa, mariés depuis plus de cinquante ans. Leur mariage est un mémorial à l’amour et à la fidélité ! Leurs petits-enfants les maintiennent jeunes ; leur maison est pleine de gaieté, de bonheur et de danse. C’était beau de voir [dans la vidéo] la grand-mère apprendre à danser à ses petites-filles. Leur amour mutuel est un don de Dieu, un don qu’ils transmettent avec joie à leurs enfants et petits-enfants.

Une société – écoutez bien ça – une société qui ne met pas en valeur les grands-parents est une société sans avenir. Une Église qui n’a pas à cœur l’alliance entre les générations finira par manquer de ce qui compte vraiment, l’amour. Nos grands-parents nous enseignent le sens de l’amour conjugal et parental. Eux-mêmes ils ont grandi dans une famille et ils ont connu l’affection de fils et de filles, de frères et de sœurs. Pour cela ils constituent un trésor d’expérience, un trésor de sagesse pour les nouvelles générations. C’est une grave erreur de ne pas demander aux anciens leur expérience ou de penser que parler avec eux est une perte de temps. A cet égard, je voudrais remercier Missy pour son témoignage. Elle nous a dit que, parmi les nomades, la famille a toujours été une source de force et de solidarité. Son témoignage nous rappelle que, dans la maison de Dieu, il y a une place à table pour tous. Personne ne doit être exclus ; notre amour et notre attention doivent s’étendre à tous.

Il est tard et vous êtes fatigués ! Moi aussi ! Mais laissez-moi vous dire une dernière chose. Vous, familles, vous êtes l’espérance de l’Église et du monde ! Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, a créé l’humanité à son image et à sa ressemblance pour la faire participer à son amour, pour qu’elle soit une famille des familles et jouisse de cette paix que lui seul peut donner. Avec votre témoignage de l’Évangile, vous pouvez aider Dieu à réaliser son rêve. Vous pouvez contribuer à faire se rapprocher tous les enfants de Dieu, pour qu’ils grandissent dans l’unité et apprennent ce que signifie pour le monde entier vivre en paix comme une grande famille. Pour cette raison, j’ai désiré remettre à chacun de vous un exemplaire d’Amoris laetitia, préparée par les deux Synodes sur la famille et écrite pour qu’elle soit une sorte de guide pour vivre avec joie l’Évangile de la famille. Que Marie notre Mère, Reine de la famille et de la paix, vous soutienne tous dans le voyage de la vie, de l’amour et du bonheur !

Et maintenant, en conclusion de notre soirée, nous allons réciter la prière de cette Rencontre des Familles.  Tous ensemble, récitons la prière officielle de la Rencontre des Familles [applaudissements] :

God, our Father,…
Prière et bénédiction

Bonne nuit, dormez bien ! Et à demain !

ANGÉLUS, Esplanade du sanctuaire de Knock

Dimanche 26 août 2018

Chers frères et sœurs,

Je suis heureux d’être ici avec vous. Je suis heureux d’être avec vous dans la maison de la Vierge. Et je rends grâce à Dieu pour l’opportunité de visiter, dans le contexte de la Rencontre mondiale des Familles, ce Sanctuaire si cher au peuple irlandais. Je remercie l’Archevêque Neary et le Recteur, Père Gibbons, pour leur cordial accueil.

Dans la Chapelle de l’Apparition j’ai confié à l’intercession très aimante de la Vierge toutes les familles du monde et, spécialement, vos familles, les familles irlandaises. Marie notre Mère connaît les joies et les difficultés que l’on éprouve dans chaque maison. Les tenant dans son Cœur immaculé, elle les présente avec amour au trône de son Fils.

En souvenir de ma visite, j’ai apporté en cadeau un Rosaire. Je sais combien est importante dans ce pays la tradition du Rosaire familial. N’oubliez pas : continuez avec cette tradition. Que de cœurs de pères, de mères et d’enfants ont puisé consolation et force au cours des années en méditant sur la participation de la Vierge aux mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux de la vie du Christ !

Marie est Mère. Marie est notre Mère est aussi la Mère de l’Eglise, et c’est à elle que nous confions aujourd’hui le cheminement du peuple fidèle de Dieu en cette « Île d’émeraude ». Nous demandons que les familles soient soutenues dans leur engagement à répandre le Règne du Christ et à prendre soin des derniers de nos frères et de nos sœurs. Au milieu des vents et des tempêtes qui sévissent sur notre temps, que les familles soient des remparts de foi et de bonté qui, selon les meilleures traditions de la nation, résistent à tout ce qui voudrait amoindrir la dignité de l’homme et de la femme créés à l’image de Dieu et appelés au sublime destin de la vie éternelle.

Que la Vierge regarde avec miséricorde tous les membres souffrants de la famille de son Fils. Priant devant sa statue, je les ai présentés, en particulier, toutes les victimes survivantes d’abus de la part de membres de l’Eglise en Irlande. Aucun de nous ne peut se dispenser de se sentir ému par les histoires de mineurs qui ont souffert d’abus, à qui on a volé l’innocence ou qui ont été éloignée de leurs mamans, et qui ont été abandonnés à la blessure de douloureux souvenirs. Cette plaie ouverte nous défie d’être fermes et décidés dans la recherche de la vérité et de la justice. J’implore le pardon du Seigneur pour ces péchés, pour le scandale et la trahison ressentis par tant de personnes dans la famille de Dieu. Je demande à notre Bienheureuse Mère d’intercéder pour toutes les personnes survivantes d’abus de n’importe quel type, et de confirmer chaque membre de la famille chrétienne dans la ferme intention de ne plus jamais permettre que ces situations arrivent ; et aussi d’intercéder pour nous tous, pour que nous puissions agir toujours avec justice et réparer, autant qu’il dépend de nous, tant de violence. 

Mon pèlerinage à Knock me permet aussi d’adresser un cordial salut aux habitants bien-aimés d’Irlande du Nord. Bien que mon voyage pour la Rencontre mondiale des Familles n’inclut pas une visite du Nord, je vous assure de mon affection et de ma proximité dans la prière. Je demande à la Vierge de soutenir tous les membres de la famille irlandaise pour qu’ils persévèrent, comme des frères et des sœurs, dans l’œuvre de réconciliation. Avec gratitude pour les progrès œcuméniques et pour la croissance significative d’amitié et de collaboration entre les communautés chrétiennes, je prie pour que tous les disciples du Christ poursuivent avec constance les efforts pour faire progresser le processus de paix et construire une société harmonieuse et juste pour les enfants d’aujourd’hui ; qu’ils soient chrétiens, qu’ils soient musulmans, qu’ils soient juifs, qu’ils soient de n’importe quelle foi : fils de l’Irlande.

Et maintenant, avec ces intentions et avec toutes celles que nous portons dans le cœur, adressons-nous à la Bienheureuse Vierge Marie par la prière de l’Angelus.

Après l’Angelus :

Je désire adresser un salut particulier aux hommes et aux femmes qui sont en prison dans ce pays, et remercier en particulier tous ceux qui parmi eux m’ont écrit, ayant su que j’allais venir en Irlande. Je voudrais vous dire : je vous suis proche, très proche. Je vous assure, ainsi que vos familles, de ma proximité et de ma prière. Que Marie, Mère de Miséricorde veille sur vous et vous renforce dans la foi et dans l’espérance. Merci !

WMOF2018 Messe de Clôture

Phoenix Park (Dublin), Dimanche 26 août 2018

Acte pénitentiel du Saint-Père 

J’ai rencontré hier huit victimes d’abus de pouvoir, de conscience et sexuels. Reprenant ce qu’elles m’ont dit, je voudrais mettre devant la miséricorde du Seigneur ces crimes et en demander pardon.

Demandons pardon pour les abus en Irlande, abus de pouvoir et de conscience, abus sexuels de la part de membres qualifiés de l’Eglise. Demandons pardon en particulier pour tous les abus commis dans différentes types d’institutions dirigées par des religieux et par des religieuses, et par d’autres membres de l’Eglise. Et demandons pardon pour les cas d’exploitation par le travail auquel de nombreux mineurs ont été soumis.

Demandons pardon pour les fois où, comme Eglise, nous n’avons pas offert aux victimes de toute sorte d’abus, compassion, recherche de justice et de vérité, avec des actions concrètes. Demandons pardon.

Demandons pardon pour certains membres de la hiérarchie qui n’ont pas pris en charge ces situations douloureuses et qui sont restés en silence. Demandons pardon.

Demandons pardon pour les enfants qui ont été enlevés à leur mamans, et pour toutes les fois où on disait à beaucoup de filles-mères qui essayaient de chercher leurs enfants dont elles avaient été séparées, ou aux enfants qui cherchaient leur maman, on disait que c’était un péché mortel : Cela n’est pas péché mortel, c’est le quatrième commandement. Demandons pardon.

Que le Seigneur maintienne et fasse grandir cet état de honte et de repentir, et qu’il nous donne la force de nous engager afin que plus jamais ne se produisent ces choses, et pour que justice soit faite. Amen.

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

« Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68)

Au terme de cette Rencontre Mondiale des Familles, nous sommes rassemblés comme une famille autour de la table du Seigneur. Nous remercions le Seigneur pour toutes les bénédictions reçues dans nos familles. Nous voulons nous engager à vivre pleinement notre vocation pour être, selon les paroles touchantes de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, "l’amour dans le cœur de l’Église".

Dans ce précieux moment de communion les uns avec les autres et avec le Seigneur, il est bon de faire une halte et de considérer la source de toutes les bonnes choses que nous avons reçues. Jésus révèle l’origine de ces bénédictions dans l’Évangile d’aujourd’hui, quand il parle à ses disciples. Beaucoup d’entre eux étaient bouleversés, désorientés et aussi en colère, discutant pour savoir s’il fallait accepter ses "paroles dures", tellement contraires à la sagesse de ce monde. En réponse, le Seigneur leur dit directement : « Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie » (Jn 6,63).

Ces paroles, avec leur promesse du don de l’Esprit Saint, sont débordantes de vie pour nous qui les accueillons dans la foi. Elles montrent la source ultime de tout le bien que nous avons expérimenté et célébré ici en ces jours : l’Esprit de Dieu, qui souffle constamment une vie nouvelle sur le monde, dans les cœurs, dans les familles, dans les maisons et dans les paroisses. Chaque nouveau jour dans la vie de nos familles, et chaque nouvelle génération, porte avec soi la promesse d’une nouvelle Pentecôte, une Pentecôte domestique, une nouvelle effusion de l’Esprit, le Paraclet, que Jésus nous envoie comme notre Avocat, notre Consolateur et Celui qui vraiment nous donne du courage.

Combien le monde a besoin de cet encouragement qui est don et promesse de Dieu ! Comme un des fruits de cette célébration de la vie familiale, puissiez-vous revenir chez vous et devenir une source d’encouragement pour les autres, pour partager avec eux "les paroles de la vie éternelle" de Jésus. Vos familles en effet sont à la fois un lieu privilégié et un moyen important pour transmettre ces paroles comme de "bonnes nouvelles" pour chacun, et en particulier pour ceux qui désirent quitter le désert et la "maison d’esclavage" (Cf. Jos 24,17), pour aller vers la terre promise de l’espérance et de la liberté. 

Dans la deuxième lecture de ce jour, Saint Paul nous dit que le mariage est une participation au mystère de la fidélité permanente du Christ à son épouse, l’Église (Cf. Ep 5,32). Cependant cet enseignement, quoique magnifique, peut apparaître à certains comme une "parole dure". Parce que vivre dans l’amour, comme le Christ nous a aimés (Cf. Ep 5,2), comporte l’imitation de son propre sacrifice, comporte de mourir à nous-mêmes pour renaître à un amour plus grand et plus durable. Cet amour qui seul peut sauver le monde de l’esclavage du péché, de l’égoïsme, de l’avidité et de l’indifférence envers les besoins de ceux qui ont moins de chance. C’est cet amour que nous avons connu en Jésus-Christ. Il s’est incarné dans notre monde grâce à une famille, et par le témoignage des familles chrétiennes à chaque génération, il a le pouvoir de briser toutes les barrières pour réconcilier le monde avec Dieu et pour faire de nous ce que depuis toujours nous sommes destinés à être : une unique famille humaine vivant ensemble dans la justice, dans la sainteté et la paix. 

La mission de témoigner de cette Bonne Nouvelle n’est pas facile. Cependant les défis auxquels les chrétiens aujourd’hui sont confrontés, sont, à leur manière, non moins difficiles que ceux qu’ont dû affronter les premiers missionnaires irlandais. Je pense à saint Colomban, qui avec son petit groupe de compagnons a porté la lumière de l’Évangile sur les terres européennes à une époque d’obscurité et de décadence culturelle. Leur extraordinaire succès missionnaire n’était pas basé sur des méthodes tactiques ou sur des plans stratégiques, non, mais sur une docilité humble et libératrice aux suggestions de l’Esprit Saint. Ce fut leur témoignage quotidien de fidélité au Christ et entre eux qui a conquis les cœurs qui désiraient ardemment une parole de grâce et qui a contribué à faire naître la culture européenne. Ce témoignage reste une source permanente de renouvellement spirituel et missionnaire pour le peuple saint et fidèle de Dieu. 

Naturellement, il y aura toujours des personnes qui s’opposeront à la Bonne Nouvelle, qui "murmureront" contre ses "paroles dures". Cependant, comme saint Colomban et ses compagnons qui affrontèrent des eaux glacées et des flots déchaînés pour suivre Jésus, ne nous laissons jamais influencer ou décourager par le regard glacial de l’indifférence ou par les vents tempétueux de l’hostilité.

Toutefois, reconnaissons humblement que, si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous pouvons nous aussi trouver durs les enseignements de Jésus. Combien il est toujours difficile de pardonner à ceux qui nous blessent ! Quel défi est toujours celui d’accueillir le migrant et l’étranger ! Comme il est douloureux de supporter la déception, le refus, la trahison ! Combien il est gênant de protéger les droits des plus fragiles, de ceux qui ne sont pas encore nés ou des plus anciens, qui semblent déranger notre sens de la liberté. 

Pourtant, c’est justement dans ces circonstances que le Seigneur nous demande : " Voulez-vous partir, vous aussi ?" (Jn 6, 67). Avec la force de l’Esprit qui nous encourage et avec le Seigneur toujours à nos côtés, nous pouvons répondre : « Quant à nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu » ( v. 69). Avec le peuple d’Israël, nous pouvons redire : « Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu » (Jos 24,18).

Avec les sacrements du Baptême et de la Confirmation, tout chrétien est envoyé pour être missionnaire, un "disciple missionnaire" (Cf. Evangelii gaudium, n. 120). L’Église dans son ensemble est appelée à "sortir" pour porter les paroles de la vie éternelle aux périphéries du monde. Puisse notre célébration d’aujourd’hui confirmer chacun de vous, parents et grand- parents, enfants et jeunes, hommes et femmes, frères et sœurs, contemplatifs et missionnaires, diacres, prêtres et évêques, à partager la joie de l’Évangile ! Puissiez-vous partager l’Évangile de la famille comme une joie pour le monde !

En nous préparant à reprendre chacun notre propre route, renouvelons notre fidélité au Seigneur et à la vocation à laquelle il a appelé chacun de nous. En faisant nôtre la prière de Saint Patrick, redisons chacun avec joie : « Christ en moi, Christ derrière moi, Christ avec moi, Christ sous moi, Christ sur moi ». Avec la joie et la force données par l’Esprit Saint, disons-lui avec confiance : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » (Jn 6,68).

A la fin de la messe :

Au terme de cette Célébration eucharistique et de cette splendide Rencontre mondiale des Familles, don de Dieu pour nous et pour toute l’Eglise, je désire dire in cordial « merci » à tous ceux qui, de diverses manières, ont collaboré à sa réalisation. Je remercie l’Archevêque Martin et l’Archidiocèse de Dublin pour le travail de préparation et d’organisation. J’exprime une particulière gratitude pour l’appui et l’assistance assurés par le Gouvernement, par les Autorités civiles et par de nombreux volontaires, irlandais et de divers pays, qui avec générosité ont offert du temps et de la peine. De manière spéciale je désire dire un « merci » très chaleureux à toutes les personnes qui ont prié pour cette Journée : personnes âgées, enfants, religieux et religieuses, malades, prisonniers… Je suis sûr que le succès de cette Journée est dû à leurs prières simples et persévérantes. Merci à tous ! Que le Seigneur vous récompense !

RENCONTRE AVEC LES ÉVÊQUES IRLANDAIS

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Couvent des sœurs dominicaines (Dublin) - Dimanche 26 août 2018

Chers frères Évêques,

Alors que ma visite en Irlande va se conclure, je suis reconnaissant pour cette opportunité de passer quelques moments avec vous. Je remercie l’Archevêque Eamon Martin pour ses courtoises paroles d’introduction et je vous salue tous avec affection dans le Seigneur.

Notre rencontre ce soir reprend la discussion fraternelle que nous avons eue à Rome l’année dernière durant votre visite ad limina Apostolorum. Par ces brefs points, je voudrais reprendre notre précédente conversation, dans l’esprit de la Rencontre mondiale des Familles que nous venons de célébrer. Nous tous, comme évêques, nous sommes conscients de notre responsabilité d’être des pères pour le saint peuple fidèle de Dieu. Comme de bons pères, nous entendons encourager et inspirer, réconcilier et unir et surtout préserver tout le bien transmis de génération en génération dans cette grande famille qu’est l’Eglise en Irlande. C’est vrai, l’Eglise en Irlande reste forte, c’est vrai. 

C’est pourquoi ce soir ma parole pour vous est celle de l’encouragement – en continuité avec l’homélie - pour vos efforts, en ces moments de défi, pour persévérer dans votre ministère de hérauts de l’Évangile et de pasteurs du troupeau du Christ. Je suis particulièrement reconnaissant pour la sollicitude que vous montrez envers les pauvres, les exclus, les personnes dans le besoin, comme en a témoigné récemment votre lettre pastorale sur les sans-abris et sur les personnes dépendantes. Je suis reconnaissant aussi pour l’aide que vous offrez à vos prêtres, dont la peine et le découragement à cause des récents scandales sont souvent ignorés. Soyez proches des prêtres ! Ils sont le prochain le plus proche que vous ayez comme évêques.

Un thème récurrent de ma visite, naturellement, a été celui de la nécessité pour l’Eglise de reconnaître et de corriger avec honnêteté évangélique et courage les erreurs passées – des péchés graves - en ce qui concerne la protection des enfants et des adultes vulnérables ; parmi eux, les femmes maltraitées. Au cours des années récentes vous, comme corps épiscopal, vous avez résolument procédé, non seulement à entreprendre des parcours de purification et de réconciliation avec les victimes, les victimes et les survivants des abus, mais aussi, avec l’aide du National Board pour la protection des enfants dans l’Eglise en Irlande, vous avez entrepris de fixer un ensemble rigoureux de normes destiné à garantir la sécurité des jeunes. Au cours de ces années, tous nous avons dû ouvrir les yeux – c’est douloureux - sur la gravité et l’étendue de l’abus de pouvoir, de conscience et sexuel en divers contextes sociaux. En Irlande, comme ailleurs, l’honnêteté et l’intégrité avec lesquelles l’Eglise a décidé d’affronter ce chapitre douloureux de son histoire peut offrir un exemple et un appel à la société toute entière. Continuez ainsi. Les humiliations sont douloureuses, mais nous avons été sauvés par l’humiliation du Fils de Dieu, et cela nous donne courage. Les plaies du Christ nous donnent courage. Je vous demande, s’il vous plait, de la proximité – voilà le mot, proximité – envers le Seigneur et le peuple de Dieu. Proximité. Ne reproduisez pas des attitudes de distance et de cléricalisme qui parfois, dans votre histoire, ont donné l’image d’une Eglise autoritaire, dure et autocratique.

Comme nous l’avons mentionné dans notre conversation à Rome, la transmission de la foi dans son intégrité et sa beauté représente un défi significatif dans le contexte de la rapide évolution de la société. La Rencontre mondiale des Familles nous a donné une grande espérance et un encouragement en ce qui concerne le fait que les familles deviennent toujours plus conscientes de leur rôle irremplaçable dans la transmission de la foi. La transmission de la foi se fait, fondamentalement, en famille ; la foi doit être transmise dans le “dialecte”, le dialecte de la famille. En même temps, les écoles catholiques et les programmes d’instruction religieuse continuent à développer une fonction indispensable pour créer une culture de foi et un sens de disciple missionnaire. Je sais que c’est un sujet de soin pastoral pour vous tous. L’authentique formation religieuse demande des enseignants fidèles et joyeux, capables de former non seulement les esprits, mais aussi les cœurs à l’amour du Christ et à la pratique de la prière. 

Parfois nous pensons que former dans la foi signifie donner des concepts religieux, et nous ne pensons pas à former le cœur, à former les attitudes. Hier, le Président de la Nation me disait qu’il avait écrit un poème sur Descartes et il disait ainsi, plus ou moins : “La froideur de la pensée a tué la musique du cœur”. Former l’esprit, oui, mais aussi le cœur. Et apprendre à prier : apprendre aux enfants à prier. Dès le début, la prière. La préparation de tels enseignants et la diffusion de programmes pour la formation permanente sont essentiels pour l’avenir de la communauté chrétienne, dans laquelle un laïcat engagé sera davantage appelé à porter la sagesse et les valeurs de sa foi à l’intérieur de l’engagement dans les divers secteurs de la vie sociale, culturelle et politique du pays. 

Les bouleversements des dernières années ont mis à l’épreuve la foi traditionnellement forte du peuple irlandais. Toutefois ils ont aussi offert l’opportunité d’un renouveau intérieur de l’Eglise dans ce pays et indiqué de nouvelles façons d’imaginer sa vie et sa mission. « Dieu est toujours une nouveauté » et « il nous pousse à partir sans relâche et à nous déplacer pour aller au-delà de ce qui est connu » (Exort. Ap. Gaudete et exsultate, n. 135). Avec humilité et confiance dans sa grâce, puissiez-vous discerner et entreprendre de nouvelles routes pour ces temps nouveaux. Soyez courageux et créatifs. Certainement, le fort sens missionnaire enraciné dans l’âme de votre peuple vous inspirera les chemins créatifs pour rendre témoignage à la vérité de l’Evangile et faire grandir la communauté des croyants dans l’amour du Christ et dans le zèle pour la croissance de son Règne.

Dans vos efforts quotidiens pour être pères et pasteurs de la famille de Dieu dans ce pays – pères, s’il vous plait, et non pas beaux-pères - , puissiez-vous être toujours soutenus par l’espérance qui se fonde sur la vérité des paroles du Christ et sur la certitude de ses promesses. En tout temps et en tout lieu, cette vérité rend libres (cf. Jn 8, 32) ; elle a un pouvoir intrinsèque pour convaincre les esprits et conduire les cœurs à elle. Chaque fois que vous et votre peuple, vous ressentez être un petit troupeau exposé à des défis et à des difficultés, ne vous découragez pas. Comme saint Jean de la Croix nous l’enseigne, c’est dans la nuit obscure que la lumière de la foi brille plus pure dans nos cœurs. Et cette lumière montrera le chemin pour le renouveau de la vie chrétienne en Irlande dans les années à venir.

Enfin, dans l’esprit de la communion ecclésiale, je vous demande de continuer à promouvoir l’unité et la fraternité entre vous, c’est très important, et aussi avec les responsables des autres communautés chrétiennes, de travailler et prier avec ferveur pour la réconciliation et la paix entre tous les membres de la famille irlandaise. Aujourd’hui au déjeuner, il y avait moi, [les Autorités] de Dublin, de l’Irlande du Nord… Tous unis. Et, une chose que je dis toujours, mais qui doit être répétée : quel est le premier devoir de l’évêque ? Je le dis à tous : la prière. Quand les chrétiens helléniques sont allés se plaindre parce qu’on ne prenait pas soin de leurs veuves [cf. Ac 6, 1], Pierre et les Apôtres ont inventé les diacres. Puis, quand Pierre explique comment devra se faire la chose, il termine ainsi : “Et à nous [les Apôtres] reviennent la prière et l’annonce de la parole”. Je pose ici une question, chacun répond pour soi : combien de temps prie, par jour, chacun de vous ? 

Avec ces pensées, chers frères, je vous assure de mes prières à vos intentions, et je vous demande de vous souvenir de moi dans les vôtres. A vous tous et aux fidèles confiés à votre soin pastoral j’adresse ma Bénédiction, gage de joie et de force dans le Seigneur Jésus Christ. 

Je vous suis proche : allez de l’avant, courage ! Le Seigneur est si bon. Et la Vierge nous garde. Et quand les choses sont un peu difficiles, prier le Sub tuum praesidium, car les mystiques russes disaient que, dans les moments de tempête spirituelle, nous devons nous mettre sous le manteau de la Sainte Mère de Dieu, Sub tuum praesidium. Merci beaucoup ! Et maintenant je vous donne la Bénédiction.

Prions ensemble l’Ave Maria.

May God bless you all, the Father, the Son and the Holy Spirit.

Thank you very much.
 

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